La campagne labours-semailles 2026-2027 est engagée. Dans les zones semi-arides, deux questions reviennent : faut-il semer tôt ou attendre les pluies ? Et quel mode de préparation du sol limite le mieux les mauvaises herbes ? Deux études menées à Sétif apportent des éléments chiffrés. Elles ont été présentées aux IVe Rencontres méditerranéennes du semis direct et publiées dans la revue Options Méditerranéennes (série A, n° 96) du CIHEAM.
Essai 1 : la date de semis pèse lourd sur le rendement
H. Chennafi, M. Makhlouf et A. L. Ayadi ont conduit leur essai à la station expérimentale de l’ITGC de Sétif, sur les hautes plaines semi-arides, pendant la campagne 2008/2009. Le blé dur était semé en semis direct, après une jachère, à 300 grains/m², avec un désherbage total au glyphosate avant le semis.
Deux variétés au cycle contrasté ont été comparées :
- Waha : variété améliorée, à cycle court et paille courte ;
- MBB : variété locale, à cycle long et paille haute.
Elles ont été semées à trois dates : le 23 novembre, le 27 décembre et le 19 janvier.
| Date de semis | Waha (q/ha) | MBB (q/ha) | Moyenne (q/ha) |
|---|---|---|---|
| 23 novembre | 15,3 | 7,5 | 11,4 |
| 27 décembre | 11,0 | 5,3 | 8,1 |
| 19 janvier | 9,1 | 4,4 | 6,7 |
Le semis de novembre a donné le meilleur rendement pour les deux variétés. Sur l’ensemble de l’essai, Waha a produit en moyenne 11,8 q/ha, contre 5,7 q/ha pour MBB. Les auteurs chiffrent la perte liée au retard de semis à 39,5 % pour un semis en décembre et à 68,7 % pour un semis en janvier, par rapport au semis de novembre (un calcul à partir des moyennes du tableau donne environ 41 % et 70 %).
L’explication tient en partie à l’eau du sol. À la montaison, le semis de novembre disposait de 16,2 % d’humidité en plus (sur 0-40 cm) que le semis de décembre, et de 12,8 % de plus que celui de janvier. Le semis précoce a aussi allongé le cycle d’environ 50 jours par rapport au semis de janvier, en moyenne sur les deux variétés.
Les auteurs concluent que, dans cet essai en semis direct, le semis de novembre a été le plus productif, les semis plus tardifs entraînant de fortes pertes de rendement. Une nuance : le résumé de l’article affirme l’absence d’interaction entre variété et date de semis, mais le tableau d’analyse publié indique une interaction significative pour le rendement en grains. L’avantage du semis précoce est net ; son ampleur varie selon la variété.
Essai 2 : le travail du sol change la flore adventice
A. Rahali, M. Makhlouf et N. Benkherbache ont comparé trois itinéraires sur blé dur (variété Waha, après orge), toujours dans la zone semi-aride de Sétif : travail conventionnel, travail minimum et semis direct. Ils ont mesuré le stock de graines d’adventices dans le sol (prélevé à la mi-octobre 2008) puis les levées en surface à l’épiaison, sans désherbage chimique.
Ils ont recensé 26 espèces dans le stock semencier et 19 en surface. Les espèces dominantes étaient la renouée des oiseaux (Polygonum aviculare), la véronique à feuilles de lierre (Veronica hederifolia) et le chénopode fétide (Chenopodium vulvaria), avec une densité notable d’avoine stérile, ou folle avoine (Avena sterilis).
| Itinéraire | Graminées (plants/m²) | Dicotylédones (plants/m²) | Total (plants/m²) | Biomasse adventice (kg/m²) |
|---|---|---|---|---|
| Travail conventionnel | 10,3 | 26,0 | 36,3 | 0,077 |
| Travail minimum | 39,1 | 70,5 | 109,6 | 0,219 |
| Semis direct | 57,3 | 30,5 | 87,8 | 0,133 |
Le travail conventionnel a le plus limité les levées et la biomasse des adventices. Le travail minimum a présenté l’infestation la plus forte. Le semis direct a surtout favorisé les graminées, majoritaires en surface, et concentré les graines près de la surface. Dans ce système, le désherbage chimique reste alors le principal moyen de contrôle.
Les auteurs recommandent une approche intégrée :
- alterner labour et travail superficiel ;
- diversifier les cultures, les herbicides et les modes de préparation du sol ;
- pratiquer le faux semis avant labour ;
- revenir à un travail profond pour réduire le stock de graines.
Les limites de ces résultats
Les deux essais portent sur une seule campagne (2008/2009 pour le premier, prélèvements de 2008 pour le second), dans un seul site. Le second n’était qu’en deuxième année d’installation des itinéraires. Ils ne remplacent pas les recommandations variétales et calendaires actualisées des instituts techniques. Ils montrent toutefois, chiffres à l’appui, que la date de semis et le mode d’implantation sont des leviers majeurs en zone semi-aride.

