La mineuse de la tomate, Tuta absoluta, est arrivée en Algérie en 2008. Elle reste l’un des principaux ravageurs de la tomate, sous serre comme en plein champ. Deux travaux algériens publiés en 2024 et 2026 apportent des repères utiles au moment où les serres du Sud et du littoral sont plantées. Le premier précise quand surveiller le ravageur. Le second évalue ce que la lutte biologique peut remplacer dans le programme de traitements.
Sétif : deux auxiliaires locaux testés au champ
Une équipe des universités de Sétif-1, d’Annaba et de M’sila a testé deux parasitoïdes présents naturellement en Algérie pendant les saisons 2022 et 2023 :
- Trichogramma bourarachae, qui parasite les œufs de la mineuse ;
- Bracon nigricans, qui parasite les larves.
Les auxiliaires ont été lâchés à raison de 50 000 individus par hectare dans dix parcelles de tomate d’un hectare. Cinq parcelles conduites avec un programme insecticide classique ont servi de témoin. L’étude, parue dans le Journal of Animal & Plant Sciences (en ligne en novembre 2025, version finale en janvier 2026), donne les résultats suivants :
- jusqu’à 70 % des œufs parasités par le trichogramme, et environ 65 % des larves par Bracon nigricans ;
- une population de mineuse réduite de 60 à 70 % par rapport aux parcelles témoins, avec une efficacité maximale entre la 6e et la 10e semaine ;
- un rendement en hausse de 30 à 40 % : 45 000 kg/ha contre 32 000 kg/ha ;
- une qualité commerciale des fruits améliorée de 20 % ;
- 3 traitements par saison au lieu de 6, et un coût de protection divisé par deux (75 contre 150 dollars par hectare) ;
- un bénéfice net en hausse de 25 % : 1 500 contre 1 200 dollars par hectare.
« Les résultats démontrent l’efficacité des parasitoïdes indigènes pour lutter contre T. absoluta » (traduit de l’anglais)
N. Laadel, H. Bendif et al., universités de Sétif-1, Annaba et M’sila — Journal of Animal & Plant Sciences, janvier 2026
Les auteurs concluent que ces auxiliaires peuvent entrer dans des programmes de protection intégrée de la tomate en climat méditerranéen. Ils demandent toutefois des travaux sur l’élevage en masse des deux espèces et des essais dans d’autres régions. Les lâchers ont été faits en plein champ, à Sétif. Les résultats ne sont donc pas directement transposables à une serre de Biskra ou d’El Oued.
El Oued : quand la mineuse vole sous serre
À El Oued, des chercheurs de l’université locale ont suivi la mineuse dans des serres de tomate pendant la campagne 2021-2022. Ils ont observé deux variétés, Dawson et Tavira, sur deux sites, Hassi Khalifa et Guemar. Les pièges à phéromone ont été relevés chaque semaine de début décembre 2021 au 1er avril 2022. Les résultats sont publiés en décembre 2024 dans la Revista Agrária Acadêmica :
- premiers vols détectés dès le 17 décembre 2021 sur Tavira et le 24 décembre sur Dawson, à Hassi Khalifa ;
- des captures en hausse continue de la mi-janvier à un pic à la mi-mars : 146,2 adultes par piège sur Tavira à Hassi Khalifa le 18 mars 2022, selon le résumé (le corps de l’article donne aussi 119,24), et 111 adultes à Guemar ;
- quatre générations sur la saison ;
- un déclin fin mars et début avril, quand les températures moyennes approchent 35 °C ;
- des captures plus faibles sur Dawson (73,15 adultes par piège au plus, selon le texte) que sur Tavira ;
- une préférence des larves pour les feuilles, puis les sépales et les tiges.
Aucun ennemi naturel n’a été observé dans ces serres, qui n’avaient reçu aucun traitement phytosanitaire pendant le suivi. Les auteurs plaident pour la lutte biologique, y compris par l’introduction d’ennemis naturels exotiques dans la région, et pour l’usage d’extraits de plantes. Ils présentent les pièges à phéromone comme un outil pour déterminer le moment optimal des interventions.
« une lutte raisonnée contre ce ravageur peut être obtenue par des méthodes biologiques » (traduit de l’anglais)
Azzeddine Haddad, Bachir Khezzani, Hanane Guerinik, université d’El Oued — Revista Agrária Acadêmica, décembre 2024
Une troisième étude algérienne, publiée en novembre 2023 dans Natural Resources and Sustainable Development, a aussi compté quatre générations qui se chevauchent sous serre. Elle situe leur développement entre 25 et 30 °C, avec une humidité de 58,5 à 69,3 %.
Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation
- Sous serre à El Oued, les premiers vols de mineuse ont été piégés dès la mi-décembre, avec un pic à la mi-mars. Installer les pièges à phéromone avant la mi-décembre permet de suivre la montée des populations.
- À Sétif, deux parasitoïdes locaux ont réduit la population de 60 à 70 %, augmenté le rendement de 30 à 40 % et permis de passer de 6 à 3 traitements par saison.
- Ces résultats viennent d’un essai en plein champ. Leur efficacité sous serre et la disponibilité commerciale de ces auxiliaires en Algérie restent à vérifier.
- Selon l’équipe d’El Oued, le piégeage à phéromone aide à déterminer le moment optimal des interventions.
Sources
- Laadel N., Bendif H. et al. (universités de Sétif-1, Annaba et M’sila) — Journal of Animal & Plant Sciences — 20 janvier 2026 — https://www.thejaps.org.pk/docs/2026/01/03.pdf
- Haddad A., Khezzani B., Guerinik H. (université d’El Oued) — Revista Agrária Acadêmica — 18 décembre 2024 — https://agrariacad.com/2024/12/18/bioecology-of-tuta-absoluta-meyrick-1917-lepidoptera-gelichiidae-on-tomato-under-greenhouse-in-the-oasis-of-el-oued-algeria/
- Natural Resources and Sustainable Development — novembre 2023 — https://doaj.org/article/11030fe8984e471bb67bd2b279214dd2

