Peu de bassins agricoles ont changé aussi vite que le Souf. Selon une étude de l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA) publiée le 28 mars 2026 dans la revue Annals of Arid Zone, la pomme de terre occupait 628 hectares dans la wilaya d’El Oued en 1999. En 2022, elle en couvrait plus de 40 000. Cette expansion repose sur deux piliers : les eaux souterraines fossiles et l’irrigation par pivot. Les auteurs estiment qu’elle pose de sérieuses questions de durabilité.
Une croissance bâtie sur une eau qui ne se renouvelle pas
L’étude, conduite par Haoua Amrouni Sais, Lounes Merrouchi, Rabah Fethallah et Mohamed Fahas, de la division d’économie agricole, agroalimentaire et rurale de l’INRAA, s’appuie sur deux types de données :
- les statistiques de la direction des services agricoles (DSA) d’El Oued de 1999 à 2024 ;
- une enquête auprès de 27 producteurs de pomme de terre.
Le constat est double. La surface a été multipliée par plus de soixante en vingt-trois ans, ce qui a fait d’El Oued un pôle de la pomme de terre. Mais l’eau qui irrigue ces cercles de pivot provient de nappes fossiles, une ressource que les auteurs qualifient de non renouvelable. C’est sur ce point qu’ils fondent leurs inquiétudes quant à la durabilité de l’expansion.
Le contexte régional pèse aussi. Les zones arides représentent plus de 80 % du territoire national et sont, selon les auteurs, très exposées au changement climatique.
Les producteurs voient la chaleur monter, pas le risque sur l’eau
L’enquête montre un décalage entre ce que les producteurs constatent et ce qu’ils anticipent :
« plus de 80 % des agriculteurs ont remarqué la hausse des températures » (traduit de l’anglais)
Haoua Amrouni Sais et al., INRAA — Annals of Arid Zone, 28 mars 2026
En revanche, peu d’entre eux signalent d’autres effets du climat. Les auteurs l’expliquent par la dépendance à l’irrigation : tant que le forage fournit, la sécheresse ne se voit pas dans la parcelle, et les exploitants estiment que l’eau est suffisante. C’est précisément ce sentiment que l’étude met en question.
Les adaptations déjà à l’œuvre
Les producteurs interrogés ne restent pas immobiles. L’étude relève trois types d’adaptation :
- l’ajustement des dates de plantation ;
- l’amélioration des systèmes d’irrigation ;
- la diversification vers le maraîchage sous serres multichapelles, qui pourrait faire d’El Oued un pôle de légumes et non plus seulement de pomme de terre.
Le résumé publié ne chiffre ni les nouvelles dates de plantation ni les économies d’eau obtenues. Il ne permet donc pas d’en tirer un itinéraire précis.
Ce que recommande l’INRAA
Les auteurs formulent trois recommandations :
- une meilleure formation technique des producteurs ;
- l’innovation variétale ;
- une gestion durable de l’eau.
Pour un producteur du Souf, cela se traduit par des questions concrètes. Combien de mètres cubes un cercle consomme-t-il par campagne ? Le niveau du forage baisse-t-il d’une année sur l’autre ? Quelle variété se comporte le mieux quand la chaleur monte ? L’étude ne donne pas ces réponses parcelle par parcelle. Elle rappelle en revanche que la pérennité du bassin dépend de leur suivi.
Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation
- La pomme de terre à El Oued est passée de 628 ha en 1999 à plus de 40 000 ha en 2022, grâce au pivot et aux nappes fossiles (INRAA, 2026).
- Plus de 80 % des producteurs enquêtés constatent la hausse des températures, mais peu perçoivent un risque sur l’eau.
- Les adaptations observées sont le décalage des plantations, la modernisation de l’irrigation et la diversification sous serres multichapelles.
- Suivez la consommation d’eau de vos cercles et le niveau de vos forages d’une campagne à l’autre : c’est la donnée de base pour juger de la durabilité de votre système.
Sources
- Amrouni Sais H., Merrouchi L., Fethallah R., Fahas M. (INRAA, division Économie agricole, agroalimentaire et rurale, Alger) — Dynamics of Potato Cultivation in the Arid Saharan Region of El Oued (Algeria) and Farmers’ Perceptions and Adaptations to Climate Change — Annals of Arid Zone, vol. 65, n° 1, p. 209-219 — 28 mars 2026 — https://epubs.icar.org.in/index.php/AAZ/article/view/173200

