Le projet agricole algéro-italien de BF El Djazair à Timimoun franchit une nouvelle étape. Après une première campagne, la coentreprise s’apprête à lancer en octobre de nouveaux semis de blé, avec en ligne de mire la montée en puissance progressive d’un vaste périmètre agricole saharien associant production céréalière, irrigation de précision, stockage et transformation.
La deuxième campagne agricole du projet BF El Djazair doit démarrer en octobre à Timimoun. L’information a été confirmée par Bruno Santorelli, directeur général de la société, dans un entretien accordé à l’agence italienne Agenzia Nova.
Créée en 2024, BF El Djazair associe le groupe agro-industriel italien BF, qui détient 51 % de la coentreprise, et le Fonds national d’investissement algérien, détenteur des 49 % restants. Le projet représente un investissement annoncé d’environ 420 millions d’euros et porte sur une superficie totale de 36 000 hectares dans la wilaya de Timimoun. À terme, environ 24 000 hectares doivent être effectivement consacrés aux productions agricoles.
Blé dur et légumineuses au cœur du projet
Le blé constitue l’une des productions centrales du programme, mais BF El Djazair prévoit une diversification plus large. Le plan de culture annoncé comprend notamment du blé dur, des pois chiches, des lentilles, des haricots secs et du maïs. Cette combinaison doit permettre au projet de participer à la production nationale de plusieurs denrées pour lesquelles la réduction de la dépendance extérieure constitue un enjeu important pour l’Algérie.
Le lancement de cette deuxième campagne intervient au moment où les autorités algériennes préparent la campagne agricole 2026-2027. Le 28 septembre, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Sid Ali Khaldi, a notamment demandé une extension des superficies consacrées aux céréales et un renforcement de l’accompagnement technique des producteurs.
Le développement de grands périmètres dans le Sud s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de progression de la production céréalière nationale.
L’efficience de l’irrigation, enjeu central à Timimoun
Dans les conditions sahariennes, la réussite agronomique du projet dépendra en grande partie de la gestion de l’eau. BF El Djazair prévoit la réalisation de forages, de réseaux de distribution et l’installation de systèmes d’irrigation par pivot. Ces infrastructures doivent être associées à des technologies d’agriculture de précision et de cartographie numérique.
Selon Bruno Santorelli, le suivi de l’état végétatif des cultures et des consommations hydriques doit permettre d’ajuster les apports et d’améliorer la productivité obtenue par unité d’eau utilisée.
Cette dimension sera particulièrement importante à suivre lors de la montée en puissance du périmètre. Le développement de cultures céréalières irriguées sur de grandes superficies sahariennes implique en effet de concilier objectifs de rendement, régularité de la production et maîtrise de la ressource hydrique.
Le dispositif doit également intégrer des brise-vent et des aménagements destinés à réduire l’érosion éolienne et les phénomènes d’ensablement, deux contraintes directement liées aux conditions de production du Sahara.
De l’exploitation agricole à un pôle agro-industriel
L’ambition de BF El Djazair dépasse toutefois la seule production de céréales. Le projet prévoit la construction de silos, d’infrastructures logistiques et d’unités de transformation agroalimentaire, notamment pour la fabrication de pâtes. L’objectif est d’intégrer sur le territoire algérien plusieurs maillons de la chaîne de valeur, depuis la culture jusqu’au stockage et à la transformation.
Les estimations communiquées par la partie algérienne font état de plus de 6 700 emplois susceptibles d’être générés par le projet, dont plus de 1 560 emplois directs. Les activités agricoles devraient également entraîner des besoins en transport, maintenance, logistique, fourniture de pièces détachées et services techniques.
Bruno Santorelli résume cette ambition comme le passage « d’un projet agricole à un projet régional ». La deuxième campagne de blé constituera donc une nouvelle étape concrète pour mesurer la montée en puissance de ce projet qui entend faire de Timimoun l’un des pôles de développement de l’agriculture saharienne algérienne.
