Combien d’eau et combien de revenu un serriste de Biskra gagne-t-il en passant de la raie au goutte-à-goutte ? Une équipe du Centre de recherche scientifique et technique sur les régions arides (CRSTRA) a posé la question à 30 exploitations de tomate sous serre de la région. Ses résultats, publiés en septembre 2024 dans la revue Annals of Arid Zone, sont nets : un rendement plus élevé, moins de la moitié de l’eau et un meilleur résultat financier.
Trois façons d’irriguer dans les serres de Biskra
Les chercheurs, Kamel Djaghrouri, Mohammed Faci et Hacène Cherif, ont enquêté sur 30 serres de tomate. Les pratiques d’irrigation y sont partagées :
- goutte-à-goutte : 30 % des serres (9 exploitations) ;
- irrigation à la raie (gravitaire) : 20 % (6 exploitations) ;
- irrigation mixte : le reste, soit la moitié de l’échantillon.
L’étude rappelle le calendrier local : semis ou plantation d’août à octobre, puis production de mars à juin. Sur la période observée, les prix de vente de la tomate ont varié de 25 à 105 DA/kg. Cet écart montre combien le revenu du serriste dépend du moment où il vend.
71,7 tonnes par hectare au goutte-à-goutte
Les serres irriguées au goutte-à-goutte atteignent un rendement de 71,7 t/ha. C’est 33,7 % de plus qu’à la raie, qui produit donc, par calcul, autour de 53,6 t/ha.
L’écart est encore plus marqué sur l’eau. Le goutte-à-goutte consomme 3 722,2 m³/ha sur le cycle, contre 10 248 m³/ha à la raie, soit environ 64 % d’eau en moins. La productivité de l’eau culmine à 20,4 kg de tomates par mètre cube au goutte-à-goutte. À titre de comparaison, la raie produirait, avec les chiffres de l’étude, environ 5 kg par mètre cube.
Enfin, le rendement financier moyen des serres en goutte-à-goutte est environ 36 % plus élevé que celui des serres irriguées à la raie. Le résumé publié ne détaille ni les coûts d’installation du réseau ni les marges en dinars. Il n’est donc pas possible d’en tirer un délai de retour sur investissement.
Un enjeu d’eau pour tout le maraîchage saharien
Ces chiffres prennent du relief à l’échelle nationale. Selon un rapport de Wageningen University & Research (WUR) publié en 2023 et commandé par l’ambassade des Pays-Bas et l’École nationale supérieure agronomique (ENSA), l’Algérie compte environ 16 000 hectares de serres. Environ 6 000 hectares se trouvent dans le Sud, qui fournit autour de la moitié de la production annuelle.
Le même rapport juge cette production du Sud peu durable : l’eau se raréfie et les légumes doivent parcourir de longues distances jusqu’aux marchés du Nord. Il évalue le rendement moyen de la tomate sous serre en Algérie entre 5 et 10 kg/m² par an, certains producteurs atteignant 20 à 30 kg/m².
Les 71,7 t/ha mesurées à Biskra au goutte-à-goutte correspondent à environ 7,2 kg/m², dans cette fourchette moyenne nationale. Le rapport de la WUR voit en revanche un fort potentiel dans les régions côtières :
« Le climat de la région nord est idéal pour la production sous serre. » (traduit de l’anglais)
Caroline van der Salm et al., Wageningen University & Research — Design of a greenhouse for peri-urban horticulture in Algeria, 2023
Pour réduire la consommation d’eau, les auteurs néerlandais recommandent la récupération des eaux de pluie, la culture hors-sol et la recirculation des solutions. Ce sont des techniques plus lourdes que le simple passage au goutte-à-goutte étudié à Biskra.
Ce que l’étude ne dit pas
L’enquête porte sur 30 serres d’une seule région : c’est un échantillon réduit, surtout pour les 6 serres à la raie. Le résumé ne précise pas la variété, la qualité de l’eau des forages ni le mode de fertilisation. Or ces facteurs pèsent aussi sur le rendement. Les écarts mesurés comparent des exploitations différentes ; il ne s’agit pas d’un essai où seule l’irrigation change.
Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation
- À Biskra, le goutte-à-goutte a donné 71,7 t/ha de tomate sous serre, soit 33,7 % de plus que la raie, avec 3 722 m³/ha d’eau contre 10 248 m³/ha (CRSTRA, 2024).
- La productivité de l’eau atteint 20,4 kg de tomates par m³ au goutte-à-goutte.
- Le rendement financier moyen est environ 36 % plus élevé, mais le coût d’installation n’est pas chiffré dans l’étude : faites établir un devis avant de décider.
- Si vous irriguez encore à la raie ou en mixte, mesurez d’abord votre consommation réelle par serre : c’est la base pour estimer ce que vous économiseriez.
Sources
- Djaghrouri K., Faci M., Cherif H. (CRSTRA, Biskra) — Drip Irrigation of Tomatoes in Biskra: Water Saving and Economic Profitability — Annals of Arid Zone, vol. 63, n° 3, p. 61-68 — 30 septembre 2024 — https://epubs.icar.org.in/index.php/AAZ/article/view/148227
- Van der Salm C., Katzin D., van Os E., Raaphorst M. (Wageningen University & Research) — Design of a greenhouse for peri-urban horticulture in Algeria, rapport WPR-1214 — 2023 — https://edepot.wur.nl/590729

