Combien de vaches faut-il pour qu’un élevage laitier gagne de l’argent ? Une équipe de l’École nationale supérieure agronomique (ENSA) d’Alger et de l’École nationale polytechnique, associée à des chercheurs français et grecs, a cherché la réponse dans la Mitidja. Leur étude, publiée le 5 décembre 2025 dans la revue Sustainability, porte sur 59 élevages totalisant 422 vaches, enquêtés en 2023 et 2024 à Ouled Chebel, Birtouta, Tassala El Merdja et Douira, notamment.
Des troupeaux de 1 à 29 vaches
Les exploitations étudiées sont petites : de 1 à environ 29 vaches. Le cheptel repose sur des races importées, la Holstein et la Montbéliarde, et sur des vaches croisées localement. Les races locales sont, selon les auteurs, quasiment absentes de ces élevages.
La productivité reste modeste : environ 17 litres par vache et par jour. Les auteurs la comparent à environ 20 litres dans le Maghreb et à plus de 40 litres dans les élevages européens.
L’aliment, plus de la moitié du coût
La structure des coûts est sans surprise pour un éleveur, mais elle est chiffrée :
- alimentation : 56,89 % du coût total ;
- main-d’œuvre : 18,49 %.
L’étude ne détaille pas les autres postes (soins vétérinaires, énergie, amortissements). Elle ne distingue pas non plus l’aliment acheté du fourrage produit sur la ferme. Mais le message est clair : sur plus de la moitié du coût, c’est la ration qui se joue.
Deux seuils : 6 et 12 vaches
À partir des données des 59 fermes, les chercheurs ont construit un modèle mathématique reliant les paramètres de l’exploitation au coût du lait cru. Il en ressort deux seuils :
- les fermes de moins d’environ six vaches affichent des résultats négatifs ;
- la rentabilité devient positive à partir d’environ six vaches ;
- une taille critique de 12 vaches sépare deux zones de coût distinctes.
« Les fermes de moins de six vaches ont présenté des résultats négatifs. » (traduit de l’anglais)
Mounir Ghezal et al., École nationale supérieure agronomique d’Alger — Sustainability, 5 décembre 2025
Pour un petit éleveur de la Mitidja, la conclusion est directe : avec trois ou quatre vaches, l’atelier laitier ne couvre pas ses coûts dans les conditions observées. Agrandir le troupeau n’est pas la seule réponse : les auteurs proposent aussi de mutualiser.
« Deux grandes zones de coût ont été identifiées, séparées par une taille critique de troupeau de Nc = 12 vaches. » (traduit de l’anglais)
Mounir Ghezal et al., École nationale supérieure agronomique d’Alger — Sustainability, 5 décembre 2025
Les pistes des chercheurs
L’étude formule plusieurs recommandations :
- regrouper des fermes voisines pour partager la culture des fourrages et le matériel ;
- rendre le métier plus attractif par la formation professionnelle et un meilleur accès à l’équipement, face au vieillissement de la main-d’œuvre ;
- moderniser les méthodes de production, améliorer les bâtiments et adopter des outils numériques de suivi ;
- soutenir les technologies plus propres et les énergies renouvelables. Les auteurs mentionnent les aides publiques existantes, sans en donner le montant.
Les auteurs évoquent aussi la valorisation des déjections comme engrais, dans une logique d’économie circulaire. Faute de données, ce volet n’a toutefois pas été modélisé.
Les limites de l’étude
L’échantillon couvre une seule zone, périurbaine. Les résultats ne valent pas tels quels pour un élevage des Hauts Plateaux ou du Sud. L’étude ne rapporte ni le prix du lait payé à l’éleveur ni les primes de collecte. Elle ne permet donc pas de calculer une marge au litre. Elle présente aussi une incohérence interne sur le sens de l’évolution du coût entre les deux zones : nous nous en tenons à ses conclusions.
Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation
- Dans 59 élevages de la Mitidja, l’alimentation représente 56,89 % du coût du lait et la main-d’œuvre 18,49 %.
- Les fermes de moins de six vaches perdent de l’argent ; la rentabilité devient positive à partir d’environ six vaches.
- La production moyenne est d’environ 17 litres par vache et par jour, contre plus de 40 en Europe.
- Le levier principal est la ration : calculez le coût de votre aliment par litre produit.
- Pour les petits troupeaux, les auteurs recommandent de mutualiser fourrages et matériel avec les voisins.
Sources
- Ghezal M., Bouchafaa Hammadou B., Kouachi K., Spiteri P., Koliopoulos T., Mebarek-Oudina F. (École nationale supérieure agronomique d’Alger, École nationale polytechnique, INP-ENSEEIHT Toulouse, Université de l’Attique de l’Ouest) — Environmental Management Study of Dairy Cattle Farming in the Peri-Urban Area of Algiers, Algeria — Sustainability, 17(24), 10912 — 5 décembre 2025 — https://www.mdpi.com/2071-1050/17/24/10912

